“Don’t tread on me” IV/V : Sécession, hier et aujourd’hui?

Comme nous l’avons vu au début de cette série, les colonies britanniques de la Nouvelle-Angleterre, après des années d’un âpre combat, parvinrent en 1776 à proclamer puis défendre leur indépendance vis-à-vis de la couronne britannique. Cependant, la nation états-unienne, telle que nous la connaissons aujourd’hui avec ses 50 états s’étendant à l’échelle d’un continent, ne s’est pas faite en un seul jour.

L’intégration des 13 premiers États au sein de l’Union ne s’est pas faite d’un coup à la proclamation d’indépendance en 1776 mais durant une période s’étendant de décembre 1787 (pour le Delaware) à Mai 1790 (pour le Rhode Island). Ce délai s’explique de plusieurs façons. Déjà, il faut le savoir, ce n’est qu’en 1783/84, soit plus de six ans après la proclamation d’indépendance des États-Unis, qu’une paix définitive fut signée  entre les colonies nord-américaines et la Couronne britannique (Traité de Paris).

Ensuite de cela, une fois la paix signée avec Londres, d’autres problèmes survinrent qui contribuèrent à retarder de plusieurs années encore la mise en place effective d’une administration centrale, fédérale, des colonies nord-américaines. A cette époque déjà, à peine la guerre d’indépendance contre les Anglais terminée, survinrent les premières tensions entre partisans d’un pouvoir local et ceux d’un pouvoir centralisateur. Ces tensions, et il s’agit d’un point fondamental, n’ont jamais cessé durant toute l’histoire américaine, jusqu’à aujourd’hui où elles refont surface sous la forme des Tea Parties et de l’essor du mouvement libertarien.

Vers 1785, au sein des colonies fraîchement indépendantes de la Nouvelle-Angleterre, le débat faisait rage et les tensions, comme mentionné plus haut, étaient importantes. L’État fédéral n’existait que sur le papier : il n’y avait ni branche exécutive (donc ni président, ni gouvernement) ni non plus de branche judiciaire. En fait, il n’y avait même pas de véritable constitution! Les 13 colonies de Nouvelle-Angleterre qui constituaient les États-Unis n’étaient alors juridiquement liées entre elles que par un simple document, sorte de brouillon de Constitution que les historiens appellent “Articles de la Confédération” (Articles of Confederation), adopté en novembre 1777 par le “Congrès continental” (en fait une assemblée constituante composée de représentants des 13 colonies).

Ce document était rédigé dans une perspective favorable aux anti-fédéralistes, il visait surtout à défendre les prérogatives des pouvoirs locaux et les droits des citoyens contre un éventuel pouvoir central. Il faudra près de quatre longues années, entre 1777 et 1781, pour obtenir sa ratification par les 13 colonies qui avaient proclamé leur indépendance en 1776, signe qu’à cette époque déjà, rien ne se faisait simplement.

Il existait, parmi les responsables politiques de la Nouvelle-Angleterre fraîchement indépendante, deux tendances (que l’on retrouve tout au long de l’histoire des États-Unis) : les fédéralistes d’un côté, sortes de jacobins états-uniens, partisans d’un pouvoir central fort. De l’autre côté, logiquement, on trouvait les anti-fédéralistes, attachés à la défense des libertés individuelles ainsi qu’aux principes de démocratie directe, de primauté du pouvoir local au détriment d’un pouvoir éloigné, centralisateur.

Il va de soit que le texte des “Articles de la Confédération” qui servait à peu près de constitution depuis 1777 ne satisfaisait pas les fédéralistes qui désiraient doter le pouvoir central de Washington d’institutions aux pouvoirs réels et étendus. Parmi eux, on trouvait le général George Washington (héros de la guerre d’indépendance contre les Anglais et futur premier président des USA) et John Adams (2e président des États-Unis). Il est probable que c’est dans ce camp “jacobin” que l’on retrouvait le plus d’adeptes de la maçonnerie, mais nous n’avons pas assez étudié la question pour l’affirmer catégoriquement.

Les rangs anti-fédéralistes comptaient en revanche des personnalités telles que Patrick Henry (un franc-maçon), gouverneur de Virginie qui refusera ensuite, conformément à son opposition à un pouvoir fédéral fort, le poste très prestigieux de Secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) que lui proposait le président George Washington, Samuel Adams, futur gouverneur du Massachusetts, James Monroe, futur président des États-Unis, Georges Mason ou encore le premier gouverneur de l’État de New York et futur vice-président des États-Unis George Clinton (sans lien avec le personnage de l’histoire récente des États-Unis).

En septembre 1787, les fédéralistes eurent gain de cause et parvinrent à faire adopter par le Congrès continental une Constitution fédérale (toujours en vigueur en 2011) qui remplaçait les “Articles de la Constitution” datant de 1777. Dans la foulée, plusieurs États la ratifièrent, à commencer par le Delaware (officiellement donc premier État de l’Union), la Pennsylvanie et le New Jersey en décembre 1787, puis la Géorgie, le Connecticut, le Massachusetts durant le premier trimestre de l’année 1788 (voir animation ci-après).

Depuis, 44 autres États ont rejoint l’Union, le dernier étant Hawaï en décembre 1959, l’État de naissance (du moins officiellement) de l’actuel président Barack Obama.

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Dates d’intégration des 50 États sein de l’Union (Décembre 1787 à Décembre 1959)


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En contrepartie de l’adoption de la Constitution, les fédéralistes durent mettre de l’eau dans leur vin et accepter que l’article 5 de cette dernière prévoie l’adoption d’amendements constitutionnels afin de garantir un certain nombre de droits individuels notamment.

Cette déclaration des droits (Bill of Rights) comprenant à l’origine dix amendements fut largement écrite par un anti-fédéraliste pur et dur (et futur président des États-Unis), James Madison. Elle fut adoptée en septembre 1789. Parmi les articles de cette déclaration, on trouve la garantie de liberté d’expression, de confession religieuse, de la presse et de rassemblement (1er amendement), le droit de porter une arme et de former des milices (2e amendement), la garantie d’être protégé contre toute fouille ou saisie de biens privés par un tiers quelconque, autorités policière, militaire et  judiciaire comprises (4e amendement), le droit, en cas de suspicion de crime ou de délit, à un procès rapide devant un jury populaire (6e amendement), l’impossibilité pour une Cour de justice de condamner quiconque à toute peine cruelle ou inhabituelle en cas de crime ou délit (8e amendement).

Le 10e amendement, enfin, limitait les pouvoirs et l’autorité du gouvernement fédéral aux seules prérogatives prévues par la Constitution. Pour faire clair, cet amendement constitutionnel stipulait que tout ce qui n’est pas prévu par la Constitution est du ressort non du gouvernement fédéral de Washington mais bien des États de l’Union et de leurs citoyens. Il va de soit que nombre de ces amendements ont été largement bafoués tout au long de l’histoire, mais surtout depuis quelques années.  Les 4e, 6e et 8e amendements ont été largement malmenés et même violés depuis une dizaine d’années par les administrations Clinton, Bush et Obama, sous le fallacieux prétexte de la guerre contre le terrorisme. En 2009, sept états de l’Union ont même adopté des résolutions réaffirmant leur soutien au 10e amendement et demandant au gouvernement de Washington de ne plus interférer dans les domaines qui relèvent de leurs prérogatives.

A la fin du XVIIIe siècle, au moment de l’adoption de la Constitution des États-Unis et, pour faire contrepoids, de la Déclaration des droits (Bill of Rights), le gouvernement central se mit en place et les premières élections fédérales eurent lieu. Malgré les tensions politiques et les secousses diverses que tout système démocratique rencontre habituellement au fil des années, tout alla plus ou moins bien durant les premières décennies de l’Union, même si révolution industrielle oblige, un fossé grandissant se créa rapidement entre États du Sud et États du Nord.

Durant les premières années du XVIIIe siècle, plusieurs nouveaux États firent leur entrée dans l’Union, notamment l’Ohio (1803), l’Indiana (1816) et l’Illinois (1818) qui avaient pour particularité de se situer au Nord du pays, où les hivers sont rigoureux, à la lisière du Canada britannique, dans une zone riche en ressources naturelles (charbon, fer, cuivre, bois), notamment de par la présence de nombreux cours d’eau et autres lacs. Ces facteurs réunis (conditions climatiques n’incitant pas à lézarder, richesses naturelles abondantes) firent de cette région un nouvel Eldorado qui attira alors de nombreux émigrants.

Un tissu industriel se mit rapidement en place dans le nord des États-Unis, attirant à lui de nombreuses populations, souvent émigrées d’Europe notamment, majoritairement irlandais et italiens. Les villages, naguère isolés, devinrent rapidement des villes interconnectées par la mise en place de réseaux de transport performants. La première ligne de chemin de fer des États-Unis fut inaugurée dès 1827. Elle relia bientôt Baltimore sur la côte Atlantique à la ville de Wheeling, située à l’extrême nord de la Virginie Occidentale, dans l’immédiate proximité des états de Pennsylvanie et de  l’Ohio, soit en plein cœur du foyer industriel naissant des USA. Fleuves et canaux, nombreux dans cette partie du pays, permirent également un transport efficace et peu coûteux des personnes et des marchandises, une irrigation qui se révèlera décisive dans la croissance d’un tissu industriel qui fera bientôt de cette nation naissante la première puissance mondiale.

Les candidats au paradis déchantèrent vite. Dans les usines du Nord, les conditions de travail étaient éprouvantes. Les cadences infernales, les horaires très lourds. On travaillait de jour comme de nuit, enfants compris. L’alcoolisme commençait à faire des ravages. Les émigrants qui avaient fui la guerre et la famine faisant alors rage dans certaines parties d’Europe s’efforçaient de tenir le coup, de se résigner, mais des violences éclataient sporadiquement, des conflits sociaux également. Au fur et à mesure que les États-Unis se développaient, c’est le monde qui changeait. Des nouveautés firent leur apparition : la police, l’école.

Dans le monde traditionnel, rural, il n’y avait besoin ni de l’une, ni de l’autre. Les parents assuraient l’instruction dans le foyer et tout le monde, dans les villages, se connaissait, il n’y avait pas besoin d’un corps spécialisé dans le maintien de l’ordre. Un des premiers effets secondaires de l’industrialisation fut en effet la rupture de l’unité d’antan. Déracinés et dans la vie urbaine qu’ils menaient, les gens ne se connaissaient plus. En cas de conflit entre deux personnes, il fallait, chose nouvelle, faire appel à un médiateur pour solutionner le problème, le plus souvent équipé d’un képi et d’une matraque (la police n’est-elle pas le premier des mass-media?)

C’était le début de la modernité. Jusqu’alors, le fermier ou l’artisan qui bêchait sa terre, élevait des animaux ou fabriquait des meubles, travaillait pour lui-même, il était propriétaire de son outil de production, il engrangeait le fruit de son dur labeur. Un travail qui apportait une réelle satisfaction. C’est à cette vocation (Beruf) que Luther avait jadis fait allusion. C’était ce travail là, celui qui seul permet la réalisation et l’épanouissement de l’individu qui était pour le réformateur Allemand une réelle bénédiction.

La révolution industrielle vit l’essor des sociétés par action… et de la condition de salarié. Les travailleurs déracinés, nombreux et peu onéreux, souvent importés des zones les plus miséreuses d’Europe, formaient autant de bataillons de ce que Marx appellera l’armée industrielle de réserve du capital. C’était – avant l’heure et pour la grande joie de quelques capitaines d’une industrie naissante – une libre circulation de toute la misère du monde qui était testée à grande échelle. On relèvera à l’attention de nos néo-gaucho-bobos inconséquents actuels… que Marx y était opposé.

Mais il y avait deux Amériques. Celle du Nord, industrielle, et celle du Sud, rurale. Là-bas aussi, sous le blanc soleil des propriétaires terriens, les conditions de travail étaient éprouvantes. Tout comme leurs homologues du Nord, les propriétaires du Sud avaient fait venir à bon compte et en grand nombre, des travailleurs d’Outre-Atlantique, d’Afrique pour être précis. On précisera, comme le fait Annick Foucrier, agrégée d’Histoire, professeur en Sorbonne et directrice du Centre de Recherches et d’Histoire Nord-Américaine (Univeristé Paris 1) dans son petit ouvrage consacré au mémoire que Édouard Lacouture, membre honoraire de la Chambre de Commerce de Norfolk en Virginie, avait adressé à l’époque à l’Empereur des français Napoléon III (nous publions un extrait et fournissons le PDF intégral plus bas), que 75% des familles blanches du Sud (les états dits “esclavagistes”) n’avaient pas d’esclaves, et que seulement 4% de ces familles blanches du Sud possédaient plus de 20 esclaves. La grande majorité de la population rurale du Sud n’avait donc aucune responsabilité dans l’exploitation des esclaves, une réalité qui se situe donc loin des mensonges habituellement véhiculés sur ce conflit.

Souvent, tristement doit-on le dire, les esclaves n’avaient pas, aux yeux de leurs patrons, le statut d’humain, ce qui était aussi vrai dans le Nord du pays, hélas, sinon comment peut-on expliquer que dans l’Illinois par exemple on distribuait de l’alcool aux enfants qui descendaient, de nuit, par tous les temps, dans les mines? Comment expliquer, si les conditions de travail étaient aussi exemplaires que cela dans le Nord Yankee, qu’en 1909 encore, on défilait (le 1er mai) dans les rues de New York pour réclamer l’abolition de l’esclavage des enfants alors encore très en vogue, notamment dans l’industrie textile du Sud de Manhattan?

Pour mettre définitivement fin à toutes les fadaises qui circulent généralement dès lors que l’on parle de la question de l’esclavage, nous dirons qu’il était généralisé, au Nord comme au Sud. Au Sud les travailleurs n’étaient certes pas payés, mais nourris et logés. Au Nord, ils étaient payés, mais ni nourris ni logés. Ce qui revient au même. Des deux côtés, la misère du monde était exploitée à bon compte.

Il est plus que temps de mettre fin une bonne fois pour toutes au mythe d’un Nord Yankee généreux et vertueux qui se serait valeureusement mobilisé pour la noble cause des pauvres esclaves noirs du Sud.

Le Nord industriel, Yankee, avait des visées sur les riches terres du Sud. C’était le début de l’impérialisme… et surtout un début d’explication à l’hostilité du Nord envers le Sud. Déjà, vers 1840, la notion de “Destinée manifeste du peuple américain” était apparue dans les salons bien pensants de Nouvelle-Angleterre. Selon les promoteurs de cette expression, c’était la volonté divine que l’Union s’agrandisse vers l’Ouest, même si ce devait se faire par la force ou la ruse, au détriment de la morale et de la justice. Les tribus indiennes autochtones et les voisins mexicains payèrent un lourd tribu à ces velléités de conquête.

En dépit de l’extension territoriale qui allait bon train, il demeurait un caillou dans la botte Yankee : les États du Sud, certes formellement membres de l’Union mais qui faisaient un peu bande à part et ne contribuaient pas aux plans impérialistes du Nord autant que ce que ces derniers souhaitaient. Ce Sud, traditionnel, conservateur, rural, fit bientôt horreur aux castes pré-bobos de Nouvelle-Angleterre. Il fallait mettre un terme à pareil archaïsme! Il était temps d’apporter aux “barbares” du Sud les “valeurs” (démocratie, droits de l’homme) des castes se prétendant éclairées du Nord-Est. Ces dernières, si elles avaient été honnêtes, auraient dû commencer par se pencher sur le sort misérable des millions de pauvres immigrés surexploités dans leurs usines du Nord!

Pour justifier la mise au pas du Sud, il fallait une belle et noble cause. Décidément, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, tout cela était déjà très moderne. On notera effectivement que depuis, on l’a récemment vu en Yougoslavie, Afghanistan, Irak ou Libye, rien n’a changé dans les méthodes yankee : faire certes usage de la force, mais toujours sous le prétexte de faire le bien d’autrui… pour en réalité mettre la main sur telle ou telle richesse ou contrée, le véritable objectif!

Certes, le bobo-gauchiste-post-moderne de base qui lit ces lignes va se soulever d’indignation contre ce site, hurler au racisme, saisir des “z’associations” bien-pensantes, alerter les médias et autres réflexes conditionnés… mais nous tenons d’avance à rassurer tout le monde sur ce point précis : nous condamnons sans ambiguïté le racisme (tous les racismes) et la ségrégation. Nous pensons que les travailleurs d’origine africaine des champs de coton du Sud comme ceux d’origine européenne des usines du Nord étaient TOUS des êtres humains qui avaient droit à la dignité et la considération (qu’ils n’ont souvent pas reçue), et qu’en tous les cas il aurait été préférable pour nombre d’entre eux de ne pas quitter leur terre d’Europe ou d’Afrique en quête d’une vie meilleure, direction le mirage Nord-Américain.

Il n’y a rien de “fasciste” dans ces propos. Dire que le patron ou propriétaire sudiste n’était ni meilleur ni pire que celui du Nord ne relève pas de l’apologie de la ségrégation, tous deux la pratiquait! En fait, le bobo-gauchiste de base du XXIe siècle est coincé par ce qui suit : l’ouverture des frontières (qu’il défend bec et ongle) n’a toujours servi que le patronat et les négriers en tous genres. Cela n’a d’ailleurs jamais été aussi vrai qu’à l’heure de la libre circulation si chère aux cœur de la gauche bien pensante, une gauche institutionnelle comme toujours composée, au sommet, de quelques manipulateurs qui ne sont pas ce qu’ils disent être et ne défendent pas ceux qu’ils prétendent défendre et, à la base, de beaucoup d’idiots utiles, souvent des boutonneux à la gueule enfarinée ne connaissant encore rien à la vie… au grand cœur peut-être, mais à courte vue, surement!

On admettra une chose : beaucoup d’africains n’ont hélas pas eu leur mot à dire, vendus qu’ils ont été, mais souvent par leurs propres frères de race, et souvent aussi par des marchands musulmans, donc très peu par de “méchants blancs” comme on le croit généralement, à tort (ce que certains communautaristes que l’on ne citera pas devraient méditer).

Il est ici temps de laisser la parole à Edouard Lacouture, commerçant français installé en Virginie qui adressa en 1862 les mots suivants à l’empereur Napoléon III qui hésitait quant à l’attitude que l’Empire français devait tenir alors que la guerre commençait entre Nord et Sud  :

 

 On se préoccupe beaucoup en Europe, en France surtout, de la question américaine ; bien peu de personnes cependant s’en rendent un compte exact ; quelques esprits généreux semblent accorder toutes leurs sympathies au Nord des États-Unis dans la lutte fratricide qu’il a entreprise contre le Sud, parce qu’ils s’imaginent qu’il n’a d’autre but que l’abolition de l’esclavage, et l’émancipation complète de la race noire. Étrange illusion! Ils ne voient pas, qu’en croyant prendre parti pour les opprimés, ils soutiennent les oppresseurs ; ils ne voient pas que l’abolition de l’esclavage est un prétexte, une arme de guerre pour justifier aux yeux des philanthropes de l’ancien monde, l’injuste agression du Nord contre le Sud.

Quelle est, en effet, la liberté dont jouissent les noirs prétendus libres, et les hommes de couleur dans les États du Nord? celle de mourir à peu près de faim. Ce sont des ilotes et des parias, ils ne sont pas citoyens, ils n’ont aucuns droits civils et politiques, ils ne peuvent devenir propriétaires, ils ne sont reçus nulle part ; ils ne peuvent aller dans les églises, dans les spectacles, dans les voitures publiques avec les blancs : ils ne sont pas même admis dans l’armée qui va combattre pour leur émancipation, et, chose étrange, dans ce pays, modèle de liberté, celui qui s’en est fait en Europe l’apôtre le plus ardent [note fouthèse : allusion à l'écrivain Alexandre Dumas, qui avait des origines antillaises, et qui a vigoureusement soutenu la cause Yankee en France durant la guerre de Sécession. Il préfigura le show biz actuel qui ne rate jamais une occasion de se faire manipuler], dont les ouvrages traduits en anglais sont lus dans tous les salons des États-Unis, notre plus célèbre et plus fécond romancier n’y serait pas reçu en personne et n’aurait pas le droit de s’asseoir à la table commune dans le plus modeste hôtel de New York. V0ilà comment on entend la liberté dans le Nord et comment on y traite les hommes de couleur. Quels sont les pourvoyeurs de l’esclavage aux États-Unis? Ce sont les armateurs de New York et de Boston [note fouthèse : donc du Nord, officiellement hostile à l'esclavage] ; et pendant qu’aux yeux de l’Europe ils se targuent de philanthropie, leurs vaisseaux voguent vers les côtes d’Afrique pour continuer cet infâme et fructueux trafic.

Plus loin dans son rapport, cet observateur lucide, ajoute :

L’esclavage [note fouthèse : comprendre l'esclavage des noirs, tel que pratiqué dans le Sud] n’a pas de raison d’être dans les États du Nord. La température permet aux blancs d’y travailler et les migrants d’Europe, exploités par eux sur la plus vaste échelle, sont une ressource bien plus fructueuse que les noirs : elle n’exige ni surveillance ni sacrifices, et dans les moments de crise personne n’est tenu d’en prendre soin : l’esclavage a cessé en théorie, mais la liberté mensongère dont on gratifie les noirs est bien plus dure à supporter, car ils sont forcés de pourvoir eux-mêmes à leur chêtive existence, et on les prive de tous les éléments qui pourraient leur en procurer les moyens. Jamais, du reste, la liberté n’a été concédée dans le Nord à aucun noir ; avant que la législation eût érigé en principe que l’esclavage n’existerait plus dans les États du Nord, tous les propriétaires d’esclaves avaient vendu leurs noirs, et il n’en a pas coûté un dollar à ces généreux philanthropes pour décréter l’émancipation.

Le même fait vient de se produire à Washington. Quand le gouvernement fédéral a proclamé la suppression de l’esclavage dans le district de Colombie [note fouthèse : traduction française de Washington, District of Columbia, siège du gouvernement fédéral], il n’y avait plus un seul noir : tous avaient été expédiés dans les États riverains [note fouthèse : sudistes], et le président Lincoln a pu sanctionner cette dérisoire mesure sans froisser les intérêts de ses amis. Au reste, les derniers journaux de New York nous rapportent les allocutions du Président Lincoln, aux députations des hommes de couleur, il leur dit sans ambiguïté qu’ils sont de race tout à fait différente à celle des blancs, et qu’ils ne peuvent espérer d’être jamais traités sur le même pied d’égalité. Enfin, qu’il maintiendra ou supprimera l’esclavage, si ces mesures sont nécessaires au rétablissement de l’Union, c’est-à-dire à la domination absolue du Nord.

Est-ce assez clair, assez explicite pour convaincre les plus obstinés? Qu’on ne vienne donc plus tromper l’Europe, et faire croire à la France que le Nord a pris les armes pour supprimer l’esclavage ; c’est un odieux mensonge, non seulement il en veut le maintien dans le Sud, mais il veut de plus l’esclavage des blancs.

E. Lacouture, La Vérité sur la guerre d’Amérique, Mémoire à l’Empereur Napoléon III

PDF intégral : La vérité sur la guerre d’Amérique – Edouard Lacouture – 1862 (Source : BNF)

 (le texte est tombé dans le domaine publique, l’auteur est en effet décédé depuis bien plus de 70 ans)


Les propos de Edouard Lacouture ont le mérite de la clarté et de la lucidité. Ils démontrent parfaitement les mensonges et l’hypocrisie du Nord, qui n’est pas intervenu militairement contre le Sud pour de belles raisons humanitaires mais par pur esprit de domination.

Vers 1850 le débat au sujet de l’esclavage a commencé à se tendre aux États-Unis. Lors de l’élection présidentielle de novembre 1860, c’est le candidat républicain, anti-esclavagiste, Abraham Lincoln qui l’a emporté, face aux deux candidats démocrates (le parti partait divisé),  John Breckinridge et Stephen Douglas. Il est à noter que Lincoln n’a remporté, lors de ce scrutin, que 39.8% des voix contre respectivement 29.5% et 18.1% (soit près de 50% à eux deux) pour ses concurrents démocrates. Les États du Sud avaient majoritairement voté pour Breckinridge et ceux du Nord, plus la Californie dépeuplée, pour Lincoln :

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Résultat de l’élection présidentielle de 1860 : les États remportés par les divers candidats. Le chiffre à l’intérieur des États est le nombre de grands électeurs par État. Au total, il y en avait 303 pour tous les États-Unis, et la majorité pour être élu président était donc de 152 grands électeurs. Grâce à ses succès dans les grands États du Nord (notamment New York, 35 grands électeurs ou la Pennsylvanie, 27 grands électeurs), Lincoln remporta l’élection avec 180 grands électeurs contre seulement 72 pour son concurrent sudiste Breckinridge – les États sudistes étaient certes plus grands mais moins peuplés, ils pesaient moins lourd que ceux du Nord!

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Après ce scrutin très disputé et avant même que le président élu Lincoln n’accède à la Maison Blanche, plusieurs États sudistes mirent sur pied des référendums d’autodétermination qui connurent un grand succès et, sur cette base, optèrent pour la Sécession. Dans l’ordre : la Caroline du Sud dès décembre 1860, le Mississippi, la Floride, l’Alabama, la Géorgie et la Lousiane (janvier 1861) puis le Texas (février 1861). Le 4 février 1861, ces États formèrent les Confederate States of America (C.S.A), avec Montgomery en Alabama comme capitale et Jefferson Davis comme président.

Après le début du mandat du président Lincoln, en mars 1861, quatre autres États sudistes firent sécession des États-Unis pour intégrer le “Dixieland”, la Confédération sudiste : la Virginie, l’Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord (avril et mai 1961). Début juin 1861, la capitale des CSA fut déplacée de Montgomery, Alabama, à Richmond en Virginie, ville distante de moins de 100km de Washington, D.C., la capitale des USA. En 1865, au moment où le conflit se soldait hélas par une défaite sudiste, un état Cherokee était sur le point de rejoindre la Confédération (preuve que les sudistes n’étaient pas racistes, ils n’ont pas massacré d’indiens, eux!). Il s’agit de l’actuel État de l’Oklahoma, au nord du Texas.

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Février 1861 : en vert, les États de la Confédération sudiste (CSA). En rose pâle, ceux de l’Union (USA).

 

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Les États-Unis n’acceptant pas la Sécession des États sudistes, la guerre devint inévitable. Elle fit près d’un million de morts en quatre ans. Il s’agira en fait du premier conflit industriel de l’Histoire, précurseur des boucheries de 1914-18 et 1939-45. Le Nord l’a emporté, car son industrie était bien plus développée, ses réseaux de transport (ferroviaires notamment) également. Le Sud avait des avantages : de meilleurs cavaliers, d’excellents éclaireurs (souvent des indiens cherokees, rappelons que la Nation indienne a combattu tout au long du conflit du côté des sudistes). Ces avantages tactiques permirent aux troupes des généraux Beauregard, “Stonewall” Jackson et autres Lee d’emporter de brillantes victoires comme à Bull Run (Manassas), au début de la guerre, mais ceci ne fut pas suffisant pour contrer l’implacable machinerie yankee, largement soutenue  par le pouvoir financier de New York (Wall Street).

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Le premier et le dernier drapeau de la Confédération sudiste


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Après la victoire nordiste, en 1865, les noirs ne sont pas devenus libres, ils ont juste changé de patron. Beaucoup se sont précipités vers le Nord, en quête de la liberté et de la prospérité promises… mais sont tombés de haut. Ils y ont juste fait de la concurrence à la main-d’œuvre déjà bon marché en provenance d’Europe, ce qui a permis aux industriels yankees de faire du dumping salarial et de diviser la classe ouvrière encore un peu plus.

Après la guerre, le Sud a été remis au pas, réintégré à l’Union. Bien sûr, le ressentiment était très fort dans tous ces États. Les yankees y avaient commis de terribles exactions, comme à Atlanta, en Géorgie, une ville entièrement brûlée en 1864 par les troupes du criminel de guerre qu’était le général nordiste William Sherman, précurseur de ce qu’Hitler appellera “la guerre totale”.

Au tournant du XXe siècle, la césure entre États sudistes et nordistes demeurait. De plus, au fur et à mesure que les années passaient, les sombres prédictions des antifédéralistes d’antan devenaient réalité : Washington s’accaparait toujours plus de prérogatives, au détriment des États de l’Union. Déjà, pendant la guerre de Sécession, Lincoln avait instauré un impôt fédéral provisoire dans toute l’Union. Cet impôt “provisoire” devint permanent en 1913, sous la forme du XVIe amendement à la Constitution des États-Unis, la même année d’ailleurs que fut mise en place la Réserve fédérale, la Fed, par des banques privées de Wall Street (JP Morgan, Warburg etc.). L’État fédéral céda à ce cartel privé le droit d’émettre la monnaie… ce qui équivalait à une privatisation du droit régalien de battre monnaie (80 ans avant Maastricht).

La croissance de l’État fédéral était constante, et la Grande dépression qui suivit le Krach de Wall Street en 1929 ainsi que la deuxième guerre mondiale l’amena à un niveau de développement supérieur à tout ce que les plus ardents fédéralistes du XVIIIe siècle auraient pu imaginer. Le pouvoir de Washington était tentaculaire et les États, surtout ceux distants du Sud, étaient ignorés. L’armée fédérale comptait des millions d’hommes ce qui coûtait très cher à entretenir.

Avec la guerre froide et la “menace” communiste (créée de toute pièce par Wall Street, comme Anthony C. Sutton l’a démontré), le prétexte pour maintenir un nombre élevé de troupes aux quatre coins du monde était tout trouvé. Il y avait l’Asie à conquérir (guerres de Corée, interventionnisme tous azimuts, en Indonésie, au Vietnam etc.), les monarchies pétrolières du Proche-Orient et les dictatures pro-états-uniennes d’Amérique latine à défendre. Ensuite il y eut la conquête de la lune et la Grande société de Lyndon Johnson, tout autant de programmes aux coûts exorbitants qui justifiaient chaque année la croissance de l’administration fédérale, jusqu’à en devenir le monstre qu’elle est de nos jours.

Le Sud, lui, restait très conservateur et méfiant par rapport à toutes ces entreprises dispendieuses du gouvernement fédéral. Cette région est d’ailleurs souvent surnommée la “Bible Belt” (ceinture biblique) des États-Unis. Ci-dessous, nous vous proposons un très intéressant document, qui consiste en la juxtaposition de deux cartes, celle des États Confédérés d’Amérique (les états sudistes sécessionnistes en 1865) et celle de la proportion de baptistes fondamentalistes, la fameuse “Bible Belt” chrétienne aux USA, en 2000. Il est très intéressant de constater à quel point les surfaces géométriques se recoupent, à 150 ans d’intervalle :

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Cela ne fait aucun doute : 150 ans après la guerre de Sécession, cette zone reste le cœur chrétien fondamentaliste de ce pays (et tant pis si ça fait hurler quelques idiots athées). C’est bien cette voix là que les impérialistes, les financiers, les gauchistes et autres adeptes du “centralisme démocratique” à la sauce washingtonienne tentent d’étouffer depuis deux siècles, celle de la sagesse et des traditions, en bref tout ce qui fait hurler les bobos bien pensants d’hier et d’aujourd’hui. Si vous êtes chrétien conservateur et avez encore quelques doutes quant au camp qu’il aurait fallu choisir en 1860, nous espérons que ces cartes (et le reste de l’article) vous auront convaincu.

Vers le milieu du XXe siècle, ce Sud conservateur et hostile au développement du pouvoir fédéral au détriment du pouvoir local des État tentait de résister, par les urnes, ce qui se fit sentir à l’intérieur du parti démocrate, le parti du Sud.

En 1948, Strom Thurmond, un démocrate conservateur du Sud (un “dixiecrat”) se présenta à la présidentielle contre le favori du parti démocrate sur le plan national, à savoir le président sortant Harry Truman, un démocrate du Nord. Il faut savoir qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale déjà, le parti démocrate, de conservateur qu’il était de moins en moins, se dirigeait alors résolument vers la voie gauchisante qui sera ensuite la sienne à partir des années 1960. Le Sud, très attaché aux valeurs conservatrices et hostile aux dérives fédéralistes, tentait lui de réagir, en présentant son propre candidat démocrate, Strom Thurmond.

Le général Strom Thurmond, de Caroline du sud, était en 1948 un jeune vétéran de la Seconde guerre mondiale. Avec le grade de Lieutenant-Colonel, il avait fait partie des premiers groupes de parachutistes de la 82e division aéroportée à fouler le sol de Normandie, le 6 juin 1944, lors du fameux débarquement. Il avait ensuite été décoré des plus prestigieuses récompenses militaires alliées avant d’être promu général “deux étoiles”.

Au lendemain de la guerre, en 1946, il fut élu gouverneur de son État, avant de se présenter à la présidentielle de 1948 comme candidat démocrate non officiel où fort de son credo anti-fédéraliste et pro “states-rights”, il l’emporta dans quatre états sudistes (Louisiane, Alabama, Géorgie et la Caroline du Sud) et obtint 39 grands électeurs, un record pour un “third candidate”, ce qui n’empêcha cependant pas la réélection du sortant Harry Truman, le démocrate fédéraliste du Nord, qui l’emporta de peu devant le républicain new yorkais Thomas Dewey.

En 1954, Strom Thurmond fut élu au Sénat fédéral, à Washington, où il représenta son État jusqu’en janvier 2003, c’est-à-dire à l’âge canonique de 100 ans! Il mourut naturellement quelques mois après son départ de la haute assemblée.

L’histoire des États-Unis a été émaillée, depuis deux siècles, d’innombrables épisodes de tensions entre pouvoir local et pouvoir fédéral. Si la guerre de Sécession en fut un point culminant, il est fort à parier que les mois et années qui viennent réservent encore un certain avenir aux velléités antifédéralistes et sécessionnistes de toutes sortes.  La déroute de Wall Street, qui n’a de loin pas encore frappée le pays et le monde de toute son étendue au moment où ces lignes sont écrites (septembre 2011), la faillite complète de l’État fédéral ainsi que celle de nombre de municipalités, contés et États de l’Union mettent directement en péril la survie des États-Unis tels qu’on les connait de nos jours, à 50 États.

En 2009, c’est le plus grand État du Sud, le Texas, qui votait une résolution ambiguë, proclamant son indépendance… au sein des États-Unis (sic). Certains élus locaux avaient manifestement l’intention d’aller plus loin. Au sein des Tea Parties, Ron Paul en tête, l’idée sécessionniste suit son chemin. On rêve de couper les ponts avec la clique corrompue de Wall Street et de Washington, mais il s’agit de ne pas répéter les erreurs de 1861!

Si nous avons mentionné plus haut la dérive fédéraliste et gauchiste du parti démocrate au fil du XXe siècle, il ne faut surtout pas oublier de préciser qu’il en est précisément allé de même de son concurrent, le parti républicain, durant la même période. Dans le dernier volet de cette série, nous aborderons ce thème et procéderons à un inventaire des forces libertariennes/conservatrices en présence, à l’intérieur comme à l’extérieur du Grand Old Party (le parti républicain), à un peu plus de douze mois de l’élection cruciale de 2012, c’est-à-dire à quelques semaines du démarrage des primaires présidentielles de ce parti.

 

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